Histoire du Leuzeu

Un résumé par Jean Malfroy

la préhistoire

l’homme est présent dans la région depuis la préhistoire et de nombreux vestiges ont été répertoriés et parfois fouillés datant de la protohistoire (c’est-à-dire l’âge du bronze –mélange cuivre-étain- et l’âge du fer, commençant il y a trois millénaires environ dans notre région). C’est le cas sur le Plan de Suzane  au-dessus du Leuzeu ou le Plan de Suzard au-dessus de la Roche d’Anse où dans chaque lieu une centaine de tumuli ou tombeaux en dômes de pierres circulaires (un tumulus, des tumuli) et des murs protohistoriques sont encore très visibles.

l’Europe est ensuite envahie par les Celtes venus d’Asie centrale, celtes divisés en grands peuples et dans notre région ce sont les lingons dont la capitale est Lingones -Langres actuel-. Le peuple lingon couvre un vaste espace allant de la Champagne orientale et chatillonais à l’est, au plateau de Langres au nord, à la plaine de la Saône et au sud de la Côte d’Or  jusque vers Nuits saint Georges. Alesia, le vase de Vix sont chez les lingons (au sud il y a les Eduens et à l’est les Séquanes). Ce sont les celtes qui donnent le nom au Leuzeu –un lieu humide, voire la boue en celte- comme Lutèce ou Luxeuil. Les celtes ont sans doute pratiqué des cultes druidiques autour du Leuzeu : la découverte d’une pièce de monnaie lingone à l’effigie des trois poissons un peu en aval de la source voûtée en est sans doute le témoignage.

Les Lingons sont alliés de Jules César lors de la conquête de la région, mais ils ne combattent pas contre Vercingétorix à Alésia (-52 avant JC) et la région est romanisée. Une grande voie romaine allant de Lyon à la Mer du Nord passe à Urcy et une branche de cette voie passe au Leuzeu, traversant en diagonale le champ de Bruno de Girval depuis le parking du bas, passant dans l’allée au-dessus des bâtiments puis rejoignant le col du Leuzeu où elle se divise en deux, une voie allant à Velars et remontant en direction du chatillonais, une voie allant vers Dijon. De nombreuses villas gallo-romaines ont été identifiées à proximité du Leuzeu : à Urcy, à la ferme de la Colombière, à la ferme de Collonges.

le premier texte écrit citant le Leuzeu date de 1274, il est en latin et parle d’une grange monastique. Le 13ème siècle est une grande période de défrichements car la population française, essentiellement rurale, est très importante (population qui sera divisée par deux au siècle suivant par la Grande Peste). Les recherches sur l’origine des défricheurs ont longtemps piétiné : interrogés les spécialistes de Citeaux et ceux de Saint Bénigne de Dijon ont donné une réponse négative. L’hypothèse la plus vraisemblable pouvait être le prieuré de Fleurey-sur-Ouche, dépendant du monastère de Saint Marcel-les-Chalon, prieuré dont dépendait le curé d’Urcy desservant le Leuzeu mais outre le fait que les archives du monastère de Saint-Marcel-les-Chalon soient en Angleterre et pour l’instant non étudiées, il y avait en fait confusion entre l’autorité religieuse qui percevait la dîme (impôt religieux) et le seigneur qui percevait les droits féodaux (pas de terre sans seigneur, pas de terre sans curé !!)

C’est seulement en préparant le Cahier du Leuzeu sur l’histoire que nous avons trouvé la réponse : quand le domaine de Leuzeu a été nationalisé en 1793 car son propriétaire Fardel de Daix avait émigré, un inventaire précis du bien est dressé pour la vente comme Bien National et tout à la fin cet inventaire dit que chaque année les propriétaires du Leuzeu donnent une somme,  non négligeable d’ailleurs, au Chapitre collégial de Vergy ! Nb ; les chanoines, curés desservant le  château de Vergy dont les ducs étaient aussi puissants que le duc de Bourgogne, sont partis s’installer en 1600 à Nuits-saint-Georges après que le roi Henri IV ait fait raser le château de Vergy. Ce sont donc les chanoines de Vergy qui ont fait défricher l’espace du Leuzeu et créé une rente pour en tirer des profits (production agricole et droits féodaux).

Un nouveau texte de 1342 attribue clairement le domaine aux Ducs de Bourgogne dont la résidence est à l’époque le château féodal de Lantenay, texte de l’intendant des ducs -Trullot de Rovrey- qui parle du  fermage dû au Leuzoy au duc Eudes IV. On ignore quand et comment s’est faite la transmission. Quelle est l’importance du domaine ? Les vestiges du bâti du Moyen Age sont nombreux, ne serait-ce que le mur d’enceinte, la chapelle, «l’oubliette »et on peut en déduire un volume bâti comparable aux bâtiments actuels.

La tradition dans les villages voisins raconte que Marguerite de Bourgogne venait au Leuzeu « épuiser » quelques amants et qu’elle les jetait ensuite dans l’oubliette où étaient fixées des lames de fer verticales sur lesquelles les amants s’empalaient !!

Le dernier duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, tente de créer un royaume allant du nord de Lyon aux Flandres -Bruges est une de ses capitales- en attaquant la Lorraine mais il est tué  sous les murs de Nancy en février 1477.

Sceau d’Eudes IV
Duc de Bourgogne

C’est donc au milieu du 17ème s.  qu’apparait la famille De Gastebois. Jean de Gastebois achète de nombreuses terres, estimées à environ 350 hectares dont 55 hectares de terres « labourables » comprenant les Ecotois, et fait construire le manoir fortifié dont nous tentons de sauver les vestiges.

Jean de Gastebois occupe des fonctions importantes : il  est avocat au Parlement de Bourgogne et maître des requêtes du duc d’Orléans , le frère du Roi, et dispose d’une belle fortune personnelle pour pouvoir faire construire le manoir de Leuzeu.

 C’est son aieul, Thiebaut Gastebois, langrois, qui a été anobli par le duc de Lorraine en 1479. Une personne anoblie recevait un titre et un fief (une possession) et le titre de « seigneur de Leuseul » apparaît dans la postérité de Thiebaut de Gastebois qui a sans doute reçu en récompense le Leuzeu pour avoir combattu contre Charles le Téméraire !

Jean de Gastebois meurt en 1671, sa fille unique, Radegonde a épousé un de Berbis, descendant d’une famille illustre de Dijon.

Le domaine est cultivé par deux familles de laboureurs dont nous avons reconstitué la généalogie complète grâce aux Registres paroissiaux d’Urcy bien conservés aux Archives départementales de la Côte d’Or. La vie est dure, la mortalité infantile très élevée et les enfants en danger de mort à la naissance sont baptisés à la hâte, c’est ainsi que les de Berbis sont souvent parrain ou marraine d’un enfant des paysans (enfants qui décédent les jours suivants) et l’on voit même une certaine Catherine de France marraine : de France c’est le titre que porte l’épouse du duc d’Orléans !

sur cette période nous possédons un document exceptionnel : en 1692 est dressé un terrier (ancêtre du cadastre) du domaine dessiné et illustré par André Gambu, celui qui a réalisé le terrier des possessions de Cîteaux, un plan magnifique de près de deux mètres de long et un mètre de large conservé et consulltable aux Archives départementales.

Jean de Gastebois meurt en 1671, sa fille unique, Radegonde a épousé un de Berbis, descendant d’une famille illustre de Dijon.

Le domaine est cultivé par deux familles de laboureurs dont nous avons reconstitué la généalogie complète grâce aux Registres paroissiaux d’Urcy bien conservés aux Archives départementales de la Côte d’Or. La vie est dure, la mortalité infantile très élevée et les enfants en danger de mort à la naissance sont baptisés à la hâte, c’est ainsi que les de Berbis sont souvent parrain ou marraine d’un enfant des paysans (enfants qui décèdent les jours suivants) et l’on voit même une certaine Catherine de France marraine : de France c’est le titre que porte l’épouse du duc d’Orléans !

la partie Ecotois est vendue à un Fardel de Daix en 1740 par Radegonde Marie Berbis, petite-fille de Jean de Gastebois et le Leuzeu est vendu en 1767 par Reine de la Cley, fille de Radegonde à Jeanne Seguin du Tanyot.

Le domaine se transmettra alors dans la même famille jusqu’à nos jours  Il sera même à nouveau réuni quand la fille de Jeanne Seguin du Tanyot, Jeanne Chantal épousera Louis, le petit-fils de Fardel de Daix en 1781.

Louis Fardel de Daix et sa famille
par Jean Baptiste Lallemand (1716-1803)
 peintre paysagiste dijonnais

Commandés par Louis Fardel, écuyer et secrétaire du Roi, les deux tableaux (dont les copies siègent dans les salles de réunion en mairie et les originaux aux musée des Beaux-Arts de Dijon) illustrent la vie de la Commune sous Louis XV, celle d’un petit bourg tranquille aux portes de la capitale régionale que dominent de leurs flèches, églises et cathédrales.

Jeanne Chantal Seguin du Tanyot est hostile à la Révolution et dénonce les menées des  révolutionnaires de Fleurey-sur-Ouche, mais c’est surtout son mari qui émigre dès le début. Aussi, en janvier 1794, le domaine est déclaré Bien National et vendu. Les Ecotois étant vendus à part. Un inventaire précis des deux domaines est établi, document présent aux Archives départementales. Mais Catherine Seguin , fille de  Jeanne Chantal (Catherine Seguin a épousé Charles Courtot de Cissey) se fait restituer le domaine par Napoléon faisant valoir qu’elle n’avait pas émigré. 

Cest par mariage entre Louise Courtot de Cissey -fille de Catherine- et Félix de Girval que va apparaître la famille De Girval  au milieu du 19ème siècle. (Madame de Crécy qui nous vendra une partie du domaine en 2010 est née de Girval).

 Au 19ème siècle et jusqu’en 1930 c’est une seule famille qui travaille le domaine, avec plus ou moins d’ouvriers agricoles en fonction de l’âge des enfants qui pouvaient aider aux travaux. Deux générations de Dupaquier seront les derniers fermiers du Leuzeu.

En 1930 les Dupaquier, qui se plaignaient du mauvais état des bâtiments partent s’installer à Flavignerot, emmenant avec eux leur commis, Louis Jobert, enfant de l’Assistance Publique (et oncle de Marlène Jobert !)

         Les bâtiments sont à l’abandon et se dégradent d’autant plus vite que les propriétaires -à l’époque Alfred de Girval, père de Madame de Crécy- font démonter les toits -pour ne plus payer d’impôts-. Abandonnés les bâtiments sont  vite pillés par les habitants des villages voisins et les passants. Les propriétaires protègent tant bien que mal les poutres peintes du 17ème s. classées Monument historique en 1928 avant de les faire enlever par des scouts qui les remonteront dans leur local place Bossuet à Dijon.

pendant la guerre un maquis s’installe au Leuzeu : le maquis Liberté

Pourchassé par les miliciens du gouvernement de Pétain ou les allemands ce maquis, créé le 6 juin 1944, arrive au Leuzeu le 20 juin. Le lieu isolé, mais bien placé  (possibilités de mener des actions contre les convois allemands dans la vallée de l’Ouche sur la route nationale ou la voie ferrée Dijon-Paris) avait été repéré dès 1943 par des responsables de la Résistance de Couchey (la famille Derey et l’abbé Cochet).

Le maquis est fort de 70 combattants, rejoints par une vingtaine de SAS britanniques venus de la ferme de Rolle et d’une dizaine de maquisards de la Compagnie Madagascar.

Le 25 juillet deux résistants sont abattus par la Milice à Urcy dont un jeune d’Urcy, Paul Benoist.

Le 30 juillet, à la suite d’une dénonciation -un jeune maquisard capturé et torturé par La Gestapo à Dijon- ce sont plus de 300 miliciens venus spécialement de Paris qui attaquent le maquis par trois côtés mais deux jours avant le maquis a reçu un important parachutage britannique d’armes lourdes et les miliciens sont battus (5 morts) dans cette bataille du Leuzeu.. Le maquis décroche, heureusement car les allemands arrivent le lendemain, se vengent sur le village de Clémencey où sont exécutés 3 résistants blessés et leur infirmière -Henriette Simonnot- est emmenée en déportation en Allemagne où elle décédera.

le Leuzeu retourne à l’abandon jusqu’à l’opération de sauvetage commencée en 2002 avec la création de l’association « Les amis du val de Leuzeu » en 2007 et l’achat du domaine -7 hectares et demi- en 2010.